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Henri Bonnevigne
L'engagement passionné d'un monsieur très simple

Ce sont les passions et non les intérêts qui mènent le monde, assurait le philosophe Alain. Ce qui est sûr, c'est qu'avec Henri Bonnevigne, nous avons affaire à un homme passionné dans tout ce qu'il fait, mais d'une grande sagesse. Il suffit d'échanger quelques mots avec lui pour s'en convaincre.

 

Lou Gaïardet lui avait consacré un article, en 1990, ainsi qu'à son ami Thomas Martin qui réside au Merle et que nous saluons ici. Tous deux passionnés d'aviation, d'automobiles.

Depuis, Henri a fait encore du chemin... car le proto de 1990 a pris sa retraite.

Il s'est installé, si l'on peut dire, à Simiane en 1974. En fait, il s'agissait, au début, d'un pied-à-terre car il se trouvait alors le plus souvent à l'étranger.

L'étranger, depuis 1942, ce n'était pas nouveau pour lui.

« Je suis né dans le Tarn-et-Garonne, d'origine gasconne », nous dit-il. Mais il quitte très vite son Sud-Ouest natal puisqu'en 1942, il gagne l'Afrique du Nord et s'engage dans les Tabors marocains. A 16 ans et demi, début de sa préparation militaire terre en entraînement avec les goumiers.

Les "ailes" de l'U.S Air Force, à 19 ans !

« J'ai alors commencé ma préparation militaire air théorique et à 17 ans et demi, ma préparation pratique comme pilote de planeur militaire. Je suis parti aux Etats-Unis en 44 ».

Les conditions étaient souvent très difficiles pour les Français en Amérique. « Beaucoup avait eu leur femme et leurs enfants assassinés par les Allemands, certains étaient passés par les prisons espagnoles avant de pouvoir gagner l'Afrique du Nord. » Tous partis sans rien que leur désir de participer activement à la libération de la France.

« Tous mettaient beaucoup de cœur à l'ouvrage pour apprendre à piloter. Il faut savoir que du début 43 à mi-45, on a envoyé là-bas 4050 élèves pilotes et, en tant que pilotes de bombardiers, nous avons été 444 à avoir les "ailes". Personnellement, je les ai eues à 19 ans ».

« Mais,» ajoute-t-il, ému, «rien que là-bas, j'ai laissé beaucoup de copains morts à l'entraînement ».

Un accueil très chaleureux chez Jean-Marie (de dos) et Jacqueline Arnaud,
ici avec Louis Roustan (lunettes) et Jean Machera

Une revue qui reliait toutes les écoles de l'armée de l'air américaine leur consacre un jour un article, rédigé par un moniteur et dont le but était, au départ, de faire mieux connaître comment tous ces jeunes frenchies parvenaient à se faire comprendre, à s'intégrer dans les formations auxquelles ils se soumettaient. « Cette publication a contribué à l'accueil très chaleureux que nous avons reçu en tant que french cadets de la part des Américains. «On nous recevait à bras ouverts », se souvient-il.

L'Escadrille Pégase

La guerre terminée, il est envoyé en mission professionnelle dans différents pays.

Ainsi, au fil des ans, a-t-il eu l'occasion de rencontrer et fréquenter beaucoup de « grands » de ce monde, sur tous les continents, mais, pour lui, ce n'est pas le plus important, loin de là.

Car il faut le voir aujourd'hui, toujours à l'œuvre, sur son terrain de prédilection ou, plutôt, d'aviation, à La Fare-les-Oliviers. Une de ses grandes préoccupations, c'est l'appareil sur lequel il travaille en compagnie de Jean-Marie Arnaud, par exemple.

Avec l'équipe de l'association Pégase, à Berre-La Fare, qu'il a relancée, seul au départ, et dans lequel il continue d'investir tout son temps disponible, sans parler, bien sûr, des moyens financiers, il n'est pas peu fier, mais en toute simplicité, de nous montrer les réalisations que lui et ses amis ont menées ou mènent à bien (« grâce aux seules cotisations de l'association ! ») dans les nombreux hangars du club. Ou chez eux...

Chacun a une passion, une passion de tous les instants et investit dans son projet, y pense jour et nuit.

Car il faut penser aux moindres détails, aux adaptations nécessaires, à des solutions nouvelles. C'est un travail extrêmement minutieux.

L'aigle
et les poussins

Ils ont créé l'association Escadrille Pégase, agréée par l'Aviation civile, et dont notre ami Henri est le trésorier et le doyen à 80 ans. Présidée par M. Jacques Martin, fils de Thomas, elle compte 34 adhérents, avec 18 pilotes de tous niveaux : de la base au commandant de Boeing 747 ou d'Airbus, des champions internationaux d'acrobatie, avec 14 aéronefs (avions et ULM).

L'un de ses buts consiste à former les débutants : «Des jeunes entrent dans l'association pour apprendre à piloter. Ils nous aident pour la mécanique, après on les fait voler. »

D'ailleurs, sur son Pottier-Panda-P230 S, Henri a fait reproduire le sigle américain, francisé, de l'aigle qui protège ses poussins avant de leur apprendre à voler. Tout un symbole ! Il est passé par là et, à son tour, il a toujours voulu contribuer à donner aux jeunes toutes leurs chances.

« Malheureusement, relativement peu persévèrent, notamment en raison du coût financier, des heures de vol par exemple. Mais nous aurons fait ce que nous pensons être notre devoir. »

Ils font tous plaisir à voir et à entendre, nous montrant leurs appareils et leurs projets en cours de réalisation, et puis les petits détails qui font la différence dans la tenue de vol, la solidité des assemblages...

Comme il est le plus ancien (Henri a une longue expérience, des connaissances très vastes et de nombreuses heures de vol), même pour l'Aviation civile il est l'interlocuteur privilégié.

Et il n'est jamais à cours de passionnantes anecdotes. Tenez, un jour, il a rendez-vous avec plusieurs de ses amis à Nîmes, où il se rend en avion et où l'attendent... les gendarmes. Fouilles, questions. Ils avaient été avisés du passage d'un avion transportant de la drogue ! L'incident s'est résolu rapidement grâce à l'intervention de l'ami Thomas.

Si vous le rencontrez à Simiane, vous verrez : Henri Bonnevigne, c'est un monsieur très simple qui estime seulement « n'avoir fait que son devoir, selon ses possibilités ».

André Segui

 


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