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 Hélène Oléon (1ère partie)
Une maîtresse femme  

Beaucoup la craignaient, certains encore... Ses élèves l'aimaient et elle ne les oublie pas. D'ailleurs, rencontrant des parents, vous l'entendrez peut-être demander : " Et mon Michel, qu'est-ce qu'il devient mon Michel ? "

De toute petite, Hélène Oléon a toujours dit : " Je veux faire comme ma marraine, maîtresse d'école ".

Quand on lui demande de bien vouloir se repencher sur ce qui l'a conduite à exercer cette profession, elle est catégorique sur sa vocation.

 

Cette vocation, elle l'a parfaitement illustrée à Simiane où elle a toujours forcé le respect. C'était son second poste et elle l'a aimé, malgré les difficultés, puisqu'elle l'a occupé jusqu'à son départ en retraite, en juin 1982.

Son propre parcours scolaire, Hélène l'a commencé à l'école maternelle de la Belle-de-Mai, à Marseille. Plus tard, ce fut le collège Edgard-Quinet, avant son entrée à l'école normale, en 1945. Quatre ans plus tard, on l'affecte à Fuveau. Encore trois ans et une place se présente à Simiane : elle la demande et l'obtient.

Pourquoi Simiane ?

Les Marseillais ont toujours essayé de s'évader de leur ville, au moins à la belle saison. Question de climat.

Dans les campagnes environnantes, beaucoup possédaient des cabanons, certains des bastides, d'autres louaient des maisons.

Nous sommes venus en 31, nous dit-elle, et, jusqu'en 38, nous avons habité sur la place de l'Église, au coin de la Grand-Rue. On louait à l'année une maison à un comptable de Marseille, M. Vignon. Mais, avant nous, mes grands-parents louaient déjà là où il y a Abel, le cantonnier, au coin de la rue Saint-Germain. Mon grand-père est d'ailleurs mort dans cette maison.

A quatre ans, devant la fontaine
du cours, en compagnie de sa marraine, de Francis, son cousin (à g.), André
et Maurice, ses frères.

Elle ajoute : Et nous, nous sommes venus parce que je n'étais pas trop costaud : il me fallait le bon air de la campagne. A partir de Pâques, on venait tous les week-ends. Avec ma mère, nous empruntions le 31, le tramway de Saint-Joseph, qui nous laissait à Sainte-Marthe où nous prenions le train. Et puis à pieds, nous montions toutes contentes de la gare, avec nos paquets.

Ici, nous prenions l'air et ma mère avait moins de peine. Et, quand nous repartions, j'emportais un bouquet de lilas pour la maîtresse. Je l'avais cueilli chez le père Gazel où nous allions étendre le linge : c'était plein de lilas.

Quand on ne partait pas le soir, avec ma mère le lundi matin, nous prenions le petit car Saurer, de la ligne Trets, Gardanne, Marseille. Il était archi-plein, les valises allaient sur le toit.

Si ma mère emportait un lapin ou des œufs, mon père lui disait : Tu les déclareras à l'octroi. Ma mère : Bah ! bah ! "

Marseille

Aux entrées de la ville, il fallait en effet acquitter des droits. C'était à Saint-Antoine.

La famille ne venait que pour les vacances car, pendant l'année scolaire, elle habitait Marseille.

Je suis née Nivière, une famille du Panier, du vieux Marseille.

Mon père et son cousin germain, qui s'appelait Nivière lui aussi, avaient une menuiserie et une spécialité, la charpenterie de marine. Ils travaillaient à bord des bateaux. Leur atelier se trouvait au coin du boulevard Burel et de la traverse de la Glacière.

Nous habitions boulevard de Plombières qui, depuis, a changé de destination. Il y avait beaucoup d'entrepôts de charretiers, de hangars pour les légumes secs. Les camions montaient au moulin du Merlan, dès cinq heures du matin...

Hélène et son père

Vacances simianaises

Je me souviens surtout que Simiane, c'était la campagne.

Place de l'Eglise, on était entourés par des paysans comme la famille Raina ; à côté, on avait Bourrely : ils avaient leurs vignes, la mère y partait le matin avec le fils. A cette époque, le plus souvent, le père était paysan, les enfants, mineurs et, avec leurs " 3-8 ", ils pouvaient cultiver le jardin.


Les paysans partaient le matin avec leurs charrettes ; à la Roque, ils avaient des carottes, des oignons, l'ail, des pommes de terre, surtout l'hiver, et, l'été, des courgettes, des haricots verts, qu'ils nous vendaient.

Je me rappelle bien la famille Pally, trois célibataires, Marie et ses deux frères, ils allaient vers Babol ou Valfrais, tandis qu'au coin des routes de Gardanne et de Mimet, c'était la famille Gazel.

On allait acheter des oeufs à Marie Pally, ou à la mère Michel.

La famille Michel habitait dans la montée de l'Horloge, et, au coin de la traverse de la Garotte, la famille Pontier. On disait : " Pontier de Bajolle ". Justement, chez nous, figurez-vous qu'on ouvrait la fenêtre, on jetait les graines de tomates et les poules de la mère Pontier venaient les manger.

Enfants, nous étions tous attirés par les fontaines et, à la maison, c'est moi qui allais chercher l'eau fraîche à celle " de Mme Agnel " (1). Les voisins me disaient toujours :

" Eh, petite, n'use pas toute l'aigue (l'eau) ".

Tous les enfants, sur la place de l'Eglise, je peux vous dire que ça faisait un beau remue-ménage !

Mes frères avaient sympathisé avec la famille Agnel, ceux du coin. Ils allaient faire des cabanes au pied de l'horloge. Alors, à l'heure des repas, ma mère devait utiliser le sifflet de son père pour les faire descendre de l'irette.

Je me rappelle aussi la maison d'Isabelle (Mérentier), la grand-tante de Mireille Berg. Elle louait des appartements à des gens de Simiane.

Je revois encore la grande salle du château qui me paraissait très vaste car j'étais petite. Je m'en souviens bien parce que les parents d'une de mes amies d'Aix, Zette (Josette) Calon avaient loué cette salle pour l'aménager en appartement. La grande fenêtre donnait sur la petite rue qui tombe à Ballestra.

Il y avait aussi la famille Jaquemard, avec un fils unique.

1947. Hélène dédie cette photographie à ses parents :
"Avec toute ma tendresse".
Elle se trouve alors à l'école normale.

A la colline

Le matin, les mamans faisaient le ménage et préparaient le repas et, l'après-midi, on allait à la colline. En passant à la fontaine du cours avec notre pliant, on remplissait une bouteille thermos.

Les maris travaillaient à Marseille. On allait à Rajol, juste en face des " Marronniers ". On montait ensuite vers la colline.

Les mamans cousaient, brodaient... On gambadait, on s'amusait avec les poupées, les taraïettes. Et puis, vers 6 h et demi - 7 heures, on entendait le train qui ramenait les maris de Marseille. Alors on rentrait car ça allait être l'heure de souper.

Après, on a tous eu des bicyclettes, les mamans n'allaient plus à la colline mais sur le cours. Elles se mettaient sous les platanes. Il y avait de plus en plus de garçons. Des garçons et filles du haut du village, rue Saint-Germain, etc. se joignaient à nous. "

Denis et Domy

Quand, dans les années 30, Hélène venait en vacances à Simiane, Denis Oléon habitait dans la tour de l'ancien château, qui donne sur la place de l'Eglise. Son arrière-arrière grand-père avait acheté un bout de ce château. Le marquis l'a vendu par morceaux aux paysans, comme pour ses terres.

Le grand père de Denis, " Mizette ", s'appelait Mihière (2). On précisait : du four, car il y avait aussi les Mihière " de la terrasse ", ou encore " des tonneaux ", selon la situation de leur habitation ou leur métier.

Avec mes frères, nous étions trois, et chez Denis, ils étaient trois aussi : lui, sa sœur et son frère. Mes frères avaient fait une bande avec Andrée Labeille, René Gaz, toute la famille Layet, et d'autres. Moi, j'étais trop jeune.

Quand Hélène sort de l'école normale, en 1949, elle est nommée à Fuveau. Denis et elle, qui se fréquentent, se marient l'année suivante. Lui s'occupe de ses terres et de ses vergers. Il fait partie du syndicat agricole.

Mais Hélène ne tarde pas à rejoindre l'école de Simiane.

Deux ans plus tard, elle a une fille, Dominique, aujourd'hui archiviste-documentaliste dans une grande agence photographique à Paris.

A l'époque, la famille habite à l'école. N'allez pas imaginer un logement de grand confort : " A un moment donné, on nous a installé des toilettes, mais il fallait monter l'eau... Eté comme hiver, je rinçais le linge dans la cour, à la lueur des phares de la 2 CV... "

Plus tard, en 1982, les Oléon s'établiront à La Gréou.

Directrice

Quand Hélène est nommée à Simiane, il y a trois classes : deux, rue Lambert, une, sur la route de Mimet.

La directrice est alors Mme Bourrély, originaire de Simiane, mariée à Ildevert Bourrély. Ils habitent montée de l'Horloge, face au clocher.

A elles deux, elles constituent l'école de filles. Fin juin 53, Mme Bourelly prend sa retraite. Hélène lui succède comme directrice.

(A suivre)

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(1). M. Agnel était forgeron aux mines et, à Simiane, pour les paysans.

(2) La généalogie établie par Olivier Masson montre que les ancêtres Mihière de Denis vivaient déjà à Simiane en 1630.

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Hélène et Denis :
de grandes figures simianaises

Depuis longtemps, avec André Beaumond, nous souhaitions présenter ensemble le portrait d'Hélène Oléon. Différents contre-temps, surtout la disparition d'André, nous ont empêché de réaliser ce projet. C'est en pensant à lui que ces textes vous sont proposés.

De même, Denis Oléon est toujours présent que j'ai un peu connu : nous avions souvent de longues discussions sur Simiane, sur tout, sur rien. Comment oublier ses grands éclats de rire, sa gouaille, ses anecdotes et ses points de vue parfois paradoxaux, quelquefois désabusés, mais toujours frappés au coin du bon sens ?

C'était un paysan écologiste avant la lettre.

Dans Lou Gaiardet, je lui avais demandé d'animer deux rubriques : Le temps comme il passe et Pratique. On relit toujours avec grand plaisir ses récits, notamment :

- La fontaine des Vaches

et celui, truculent,
- L'anchois, la côtelette et l'honneur républicain

Plus jeune, Denis fut capitaine de l'équipe de foot de Simiane.

Pour en savoir plus sur lui, relire le texte qu'André lui a consacré à son décès.

André Segui

© Le Gaiardet 2010

 

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