que Luc Poussel est né, au sein
d'une famille d'origine simianaise. Et s'il demeura seulement trois années au village, c'est que son père qui
travaillait à la société Péchiney, acheta un appartement à Gardanne. Il fait ses études primaires dans cette ville
et "c'est de cette époque, dit-il, que datent mes premiers contacts avec l'archéologie".
Je me souviens que, certains de mes camarades montraient aux maîtres des grandes tuiles qu'ils
avaient trouvées dans la colline. Nous les observions aussi admiratifs qu'intrigués en apprenant qu'elles provenaient
de la période romaine.
Puis, un jour de 1970, je lus dans le journal un article qui annonçait la création d'un club
archéologique à Gardanne. Je demandais à mon père de m'inscrire.
- C'est ainsi qu'ont débuté vos véritables activités d'archéologues amateurs.
- Exactement, et j'avais donc une douzaine d'années.
Curieusement, mon premier maître, M. Joseph Gauberti, n'était pas archéologue mais mineur de fond
aux Houillères de Provence. Et, c'est très tardivement que cet ami des bêtes et de la nature avait entrepris de
s'intéresser sérieusement à l'archéologie. Permettez-moi de rendre hommage à celui qui menait un combat permanent,
disait-il, pour "vulgariser, démocratiser", cette science, pour qu'elle ne soit plus réservée à une élite
intellectuelle et souvent future.
Je pense sincèrement que s'il ne suffit pas de gratter la terre pour être archéologue, il ne
suffit pas non plus, d'avoir fait des études pour être un homme de science.
- Vous avez donc appris l'archéologie sur le tas ?
- Oui, sur des tas... de terre, bien sûr, et mes premières leçons consistaient en visites de
sites déjà connus, tels que des villages gaulois ou des villas romaines. Nos maîtres décrivaient, situaient les
objets trouvés... Nous, nous écoutions attentivement jusqu'au jour où nous décidâmes de commencer à fouiller
nous-mêmes dans le massif de l'Etoile. J'avais 14 ans et demi. C'est un de mes oncles, chasseurs, Jean-Claude Heydrich,
qui m'a indiqué la première grotte proche de Simiane où j'ai fait mes premières armes.
Tout naturellement l'équipe s'est aguerrie au fil des mois, de chantiers en sites. Puis,
brutalement M. Gauberti décéda. Je décidai alors de créer ma propre association : "Gardana", société d'études et de
recherches archéologiques.
- Aviez-vous des relations avec le milieu scientifique?
- Ma première rencontre avec un chercheur de haut niveau est le fruit du hasard, en tout cas de
la chance. Alors que j'étais lycéen, j'eus l'occasion de visiter une exposition d'archéologie organisée par le Centre
national de la recherche scientifique, à Marseille.
Je me présentai et l'on me dirigea vers un maître de recherches, M. Jean Courtin. Je lui fis part
de mes travaux en cours et, très vite, il nous encouragea à persévérer, nous guidant dans le monde assez fermé des
chercheurs et nous procurant notamment de précieuses autorisations de fouilles.
L'association se développa, des fouilleurs de Mimet et de Simiane vinrent nous rejoindre.
Luc Poussel a publié deux ouvrages, publiés
aux éditions Cheminements
Prix littéraire de l'Académie de Provence 1997. En 102 av JC, la bataille de Pourrières (Var) opposa les
peuples germains aux légions romaines. En moins d'une journée, 200 000 individus morts...
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En 2004, l'auteur "nous propose de revivre les 550 ans d'histoire où Marseille influait sur le sort de notre continent.
A la fois roman historique et documentaire".
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L'auteur est secrétaire du Cercle culturel méditerranéen, à Marseille.
- L'archéologie occupe à cette époque une place prépondérante dans votre vie.
Ce loisir-passion, n'a-t-il pas perturbé vos études?
- Je ne pense pas, mais il est vrai que l'archéologie était pour moi essentielle, et je me souviens
qu'à la veille de passer mon "bac", option électricité, j'avais dit à mes parents: "Si je réussis, je me consacre
pendant six mois à fond à l'archéologie puis, je pars à l'armée !" Mon père et ma mère avaient accepté ce pari.
Certainement doutaient-ils de mes chances de succès.
J'ai été admis à l'examen, j'ai fouillé pendant quelques mois et, ainsi que je l'avais souhaité,
j'ai effectué une préparation militaire supérieure.
- Pourquoi ce choix de devenir officier?
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- L'armée m'a toujours attiré, non pas comme elle fascine les enfants qui s'amusent aux petits
soldats mais pour l'idéal qu'elle représente. Risquer sa vie pour des valeurs tells que la famille, l'honneur ou la
patrie, constitue à mon avis un devoir pour tout citoyen. Dès mon plus jeune âge, j'ai éprouvé une vive admiration
et un profond respect pour un arrière grand-père tué à Verdun.
Vous savez, être militaire et rejeter la guerre, ce n'est pas incompatible, contrairement et à ce
qu'affirment antimilitaristes et pacifistes. Et c'est d'ailleurs pour tenter de diffuser une information plus
objective sur l'armée et les militaires que j'ai décidé, en rejoignant les milieux de réserve à ma libération, de
créer une association : Défense avenir.
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Capitaine Luc Poussel
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- Quels sont les buts principaux de l'association ?
- Ainsi que je vous l'ai dit, la mission essentielle de Défense avenir est l'information
à une époque où l'armée est agressée de toutes parts. Par exemple, nous encourageons les jeunes gens à s'orienter
vers la préparation militaire, afin qu'ils puissent effectuer leur service national avec de hautes responsabilités et, pourquoi pas, s'ils le désirent, faire carrière dans l'armée.
Peut-être, certains de mes propos choqueront-ils certaines personnes. Dans ce cas je suis prêt à
les rencontrer. C'est pour cela d'ailleurs, en partie, que j'ai créé Défense avenir. Une association qui,
par parenthèses, se développe de mois en mois et pour laquelle, j'insiste, la tolérance est un maître mot.
- Revenons, si vous le voulez bien à l'archéologie, quand vous êtes revenu
de l'armée, l'expansion de "Gardana", s'était-elle poursuivie?
- Oui, et je saisis une nouvelle chance.
Je pense que la vie est ainsi faite : il faut savoir s'engager au moment favorable, lorsqu'une
opportunité se présente : c'était le cas pour moi, en 1980 : en pleine année du Patrimoine et alors que M. Courtin
était nommé directeur des Antiquités préhistoriques en Provence-Côte d' Azur, je proposai d'organiser à Gardanne une
exposition archéologique réunissant chercheurs professionnels et amateurs.
Le public répondit favorablement à notre invitation puisque 4 000 visiteurs furent accueillis.
Nous décidâmes alors de dissoudre "Gardana" pour créer une association plus importante comprenant plusieurs sections
locales.
En fait, la Société archéologique méditerranéenne, telle que je la concevais, fut créée quelques
mois plus tard à Simiane. Elle regroupe à l'heure actuelle trois sections: Simiane-Collongue, Gardanne et Aix-en-Provence.
Col Sainte-Anne, tamisage des déblais de fouilles
clandestines. Industrie lithique du Chalcolithique.
Grosses armatures bifaces et grattoirs. (Dessin Bernard Mei).
- Pouvez-vous, en résumant brièvement les buts de vos travaux en cours,
évoquer l'aspect de notre commune, il y a des dizaines de milliers d'années?
- Schématiquement, nous cherchons à savoir comment s'est peuplée notre région, quels étaient les premiers hommes qui y vivaient, leurs conditions de vie et comment ils ont évolué.
Pour cela, nous disposons d'un site exceptionnel, celui du col Sainte-Anne situé au-dessus du domaine des Marres.
Du fait de la longue occupation de cette partie de la chaîne de l'Etoile, de 5 000 ans avant Jésus-Christ jusqu'au XVIe siècle, nous y trouvons les traces de nombreuses civilisations.
- Mais pourquoi donc les "Simianais de la Préhistoire" vivaient-ils sur des
éperons rocheux ?
- Les plaines de la région étaient très certainement marécageuses, de la Préhistoire à l'époque
romaine. Elles étaient peu accueillantes et sûrement infestées de moustiques. Aussi, les populations
choisissaient-elles de vivre dans les collines où il y avait du gibier et où il était possible de cultiver après
défrichage par le feu. On pense que les hommes s'aventuraient dans les marais essentiellement pendant les périodes
de sécheresse et lors d'incendies.
- La Préhistoire vous intéresse-t-elle particulièrement?
- Oui, et d'autant plus que cette période à Simiane présente des particularités très intéressantes.
A la Préhistoire, les hommes s'installaient en règle générale sur des éperons rocheux et ils barraient l'accès de ceux-ci par des murs de défense plus ou moins importants.
Or, récemment, en creusant un trou pour planter un arbre sur une pente de colline ou il a fait bâtir sa maison, un Simianais, M. Baptiste Tropini, a découvert une hache polie. Il nous a alerté et nous avons trouvé dans les déblais de l'habitation de la poterie et des restes de meules préhistoriques.
Il existait donc un village à cet endroit sans aucune structure défensive, ce qui défie toutes les lois élaborées et vérifiées permettant de mettre au jour un site datant de cette période dans notre région.
On peut avancer que le territoire devait être assez mûr à cette époque mais nous en saurons certainement un peu plus prochainement sur ce mystère car, nous avons l'accord du propriétaire pour effectuer un sondage. Nous essaierons notamment de savoir s'il s'agit d'un habitat ou d'un campement et combien de temps l'endroit a été occupé.
- Quelle est votre découverte que vous jugez la plus belle à ce jour?
- Je pense que mes camarades approuveront le choix du col Sainte-Anne quoique cela ne soit pas
nous qui l'avons mis au jour. A l'issue de travaux qui ont duré trois années, des archéologues ont conclu à la
présence d'un site occupé intensivement de l'âge de bronze jusqu'à l'époque gauloise. Lors des fouilles, l'un
des chercheurs avait trouvé un colosse de l'époque romaine mesurant au moins 1,90 m et qui avait les deux bras
coupés : probablement par un coup d'épée lors d'un combat.
Lorsqu'à notre tour, nous avons entrepris des fouilles sur ce site sans savoir qu'il y avait eu
des recherches auparavant, nous avons identifié des périodes antérieures à celles que les scientifiques avaient
décelées. Imaginez notre fierté : nous pouvons affirmer que le col Sainte-Anne est le plus vieux site de plein air
connu dans les Bouches-du-Rhône. C'est un habitat en terrasse qui a connu le pas- sage de très nombreuses et
lointaines civilisations.
*
Ceux qui connaissent Luc Poussel n'ignorent pas combien il est intarissable sur le sujet. Ils
savent également combien il sait faire partager sa passion, d'une manière vivante et captivante, notamment lors des
conférences ou des expositions organisées, chaque année, par la Société archéologique méditerranéenne qu'il préside.
Pour les amateurs, précisons qu'en janvier seront présentés les travaux de l'association sur l'époque romaine.
Luc Poussel aime à dire qu'il a quatre vies, qui n'ont, certes, pas la même importance. Sa vie
personnelle d'abord "la plus importante" surtout depuis que Muriel qu'il a épousée il y a 2 ans vient de lui donner
une petite Julie aussi adorable qu'espiègle.
"Je n'arrive pas encore à réaliser que j'ai un enfant, dit-il. Parfois, je m'assoies et en
compagnie de ma femme je la regarde marcher, émerveillé. "
La famille ? "C'est l'équilibre, la modération; et en employant ces deux mots, on a tout résumé.
Quand on est père, cela stimule, on a quelque chose à défendre, plus de raisons de se battre pour un idéal' :
précise-t-il encore.
"Croyez-moi, je ne sacrifierai pas ma vie familiale à mes activités archéologiques, militaires et
professionnelles".
Pour y parvenir Luc Poussel a fait un choix en changeant dernièrement d'emploi. Auparavant
artisan, ''l'esclavage', dit-il,''une semaine de vacances en trois ans pour mon voyage de noces !". Il est
aujourd'hui électricien de fond aux Houillères de Provence.
"En travaillant chaque jour de 6 à 14 h, je peux ainsi consacrer mes après-midi à ma famille et à
mes associations.
En plus, ajoute-t-il, je suis le plus heureux au fond de la mine, moi qui suis habitué à explorer
des grottes depuis ma plus tendre enfance".
Entretien avec Christian Frasson
Décembre 1983