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Histoire et...histoires de l'eau à Simiane (2)

L'usage agricole de l'eau

par Jean Tribotté


 

Dès le 18e siècle, l'eau qui est un élément nécessaire à l'agriculture constitue parfois une gêne. Il en est ainsi des marais qui accompagnaient le lit du vallat des Babols, du vallat des Mourgues et du Rajol.

Afin d'assainir les terres, les exploitants de l'époque qui venaient d'être libérés du joug féodal entreprirent de drainer ces zones pour les rendre cultivables.

Ces drains dont certains se trouvent intacts ou effondrés sous les constructions du Rajol, des Ormeaux ou du quartier des Charmilles étaient encore visibles dans les années 60. En effet, en assèchant le terrain, ils diminuaient la quantité d'eau disponible pour les plantations qui, sur une largeur d'un mètre, étaient moins verdoyantes.

Tour de noria bien conservée,
propriété Moine, avenue Pauline-de-Simiane
(Photos J.T. Droits réservés)  

Des techniques ancestrales...

Ils ont été fabriqués au moyen d'une tranchée faite à la pelle et à la pioche, sur une profondeur d'un mètre et une largeur d'environ 60 centimètres. Des murs de pierre sèche ont alors été montés le long des bords, sur une hauteur de 30 à 40 centimètres. Sur ces murets, s'appuie une voute en ogive qui a été recouverte par une trentaine de centimètres de terre arable. Ils convergeaient vers le lit des vallats.

Mais, après avoir assaini les terres, avoir entrepris plus particulièrement la culture de la carotte et de l'oignon de Simiane (oignon fiasquetti), l'eau manquait à ces cultures maraichères. C'est ainsi qu'au début des années 1900 sont apparues les norias, énormes puits surmontés d'une construction.

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Le mécanisme décrit dans l'article

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Les norias sont originaires des pays arabes du sud de la Méditerranée. Elles sont installées sur un trou d'eau où l'eau affleure le sol. Une roue de bois sur laquelle, avec des cordages, sont attachées des poteries, tourne verticalement pour déverser l'eau sur un plan incliné. L'animal entraînant un mécanisme de bois, tourne autour du trou d'eau.

Le système des godets
 

En ce début du 19e s., ces installations représentent un outil indispensable à une agriculture maraîchère à la recherche de l'amélioration de ses rendements et à ses obligations de satisfaire une demande de plus en plus importante de la part des consommateurs.

...aux systèmes élaborés

Cela marque aussi le passage de l'utilisation des techniques ancestrales d'utilisation de l'eau de ruissellement ou de ses captages de surface à l'exploitation de systèmes hydrauliques plus élaborés.

Les exploitants recherchent alors des lignes de circulation de l'eau en sous-sol. Elles sont le plus souvent concordantes avec le cours, en surface, des ruisseaux.

C'est pourquoi, les norias ou leurs vestiges sont encore visibles à proximité de ces vallats.

Ces puits de plus de trois mètres de diamètre ont été creusés à la main par les puisatiers qui utilisaient la barre à mine, le pic, la pioche et la pelle pour parvenir à leurs fins. C'était le fonçage. Un trépied de bois auquel était arrimé une réa permettait une remontée plus aisée des seaux de terre et gravats. Cependant, au fur et à mesure de l'avancement des travaux, il était nécessaire d'étayer ce trou circulaire. Cette forme ronde était la garantie d'une meilleure résistance de l'édifice. Elle avait déjà été éprouvée avec les puits domestiques. 6-11
 

Lorsque la nappe phréatique était atteinte, à des profondeurs variant de moins 6 à moins 15 mètres, l'eau envahissait de toutes parts le trou dont les limites étaient montées de grosses pierres sèches, ce qui permettait les infiltrations latérales.

Ce ne sont que les parties intermédiaires et supérieures qui étaient maçonnées. Au-dessus du niveau du sol, tous les ouvrages comportent une trappe de visite qui permet la surveillance de l'installation, le curage régulier du puits et l'entretien du matériel.

Jean Tribotté, à droite,
avec André Beaumond (Ph. A.S.)
 

L'élévation au-dessus du sol de la noria sera fonction de la configuration des terres agricoles à irriguer. Plus il y aura de pente, plus les murs de la noria seront élevés ; parfois, un monticule de terre sera même édifié autour de sa base donnant ainsi l'impression que la noria a été édifiée sur un tertre.

Cette hauteur de mur permet de garantir que les parties hautes de l'exploitation seront irrigables par gravitation à partir de la réserve à eau située à son sommet. Parfois, un bassin de rétention a été installé à sa base, afin de récupérer la surverse de la réserve et de permettre d'autres modes d'arrosage.

Par ailleurs, ce mur et son assise doivent être suffisamment solides pour supporter la machinerie, les trépidations de son fonctionnement et le poids de l'eau contenue dans une demi ligne de godets.

Cette machinerie se compose de poutrelles d'acier, d'un étrier en fonte, support d'un système rotatif, d'un axe rigide sur lequel est fixé une roue dentée munie d'un cliquet anti-retour arrière et une roue à ergots sur laquelle s'accrochera la chaîne sans fin. Le bruit du cliquet assurait l'exploitant du bon fonctionnement de la noria.

Un panier métallique en fer plat supporte le ou les deux godets de fer blanc ou de zinc dont les côtés sont soudés à l'étain et les bords d'attaque renforcés par un fer plat riveté. Ces godets plongent à l'envers dans le puits pour remonter pleins. Il faut noter que tous les godets ont un fond percé de trous. En cas d'arrêt de l'animal, les godets pourront ainsi se vider. Il sera plus aisé pour l'animal dont les yeux étaient bandés, de reprendre ses rotations.

Nous avons pu répertorier deux sortes de norias, l'une où l'animal tourne autour de la construction, l'autre où l'animal tourne en rond sur une aire latérale à la construction.

Circulation autour de l'édifice

Au sommet de l'édifice, un axe vertical est engagé dans la partie supérieure de l'étrier de fonte et sa base en pointe repose sur un palier évidé rempli d'un lubrifiant (du plomb). Au-dessus de cette base, une roue dentée en forme de pignon va transmettre le mouvement rotatif horizontal en un mouvement rotatif vertical à un axe horizontal muni d'une autre roue dentée. Cet axe animera la chaîne sans fin et ses godets.

A la partie supérieure de cet axe, un œil recevra la pièce métallique ou de bois qui sera raccordée au harnais de l'animal.

Au sommet de la roue à ergots, le godet déverse son contenu sur un plan incliné de bois ou de fer blanc orienté en direction de la réserve qui comporte à sa partie inférieure un trou sur lequel est soudé à l'étain un tuyau de métal (parfois encastré dans le bâti) qui permettra d'alimenter le réseau d'irrigation de la parcelle cultivée.

La structure maçonnée de l'édifice ne dépasse guère les 2,5 mètres.

Circulation latérale

Au centre d'une aire, un trépied remplace l'étrier de la partie supérieure et supporte l'axe vertical dont la base repose sur un palier de pierre évidée et remplie de plomb. Cet axe est muni d'un pignon qui assurera la rotation, au niveau du sol d'un axe horizontal, protégé sur le passage de l'animal par du bois. A son extrémité, un autre pignon assurera le mouvement rotatif d'un arbre vertical maintenu au flanc de la noria.

Au sommet de cet axe, un nouveau pignon assurera la rotation de l'arbre horizontal sur lequel est fixée la roue à ergots, support d'une chaîne sans fin. Le système à cliquet anti-retour sera le plus souvent au niveau du trépied. Les édifices sont en général imposants.

Tous ces axes ont un diamètre de nature à garantir la rigidité de l'installation.

Ce n'est que vers 1940 que la traction animale est remplacée par des moteurs électriques qui animeront des pompes aspirantes et refoulantes. Les réserves supérieures seront encore temporairement utiliées mais, rapidement, la pression permettra d'amener l'eau dans tous les coins de l'exploitation.

D'autres utilisateurs ont installé une éolienne qui actionnait une pompe excentrique dont le tuyau d'aspiration traversait le mur de l'édifice voisin. C'est ainsi que les promeneurs pouvaient en voir dans le quartier des Moulins Loins, sur la colline des Molx, à proximité du chemin des Vignes ou du côté du Roussillon, près des Ormeaux.

Tous ces systèmes n'ont plus guère été utilisés dans la vallée de l'Arc, dès les années 60, avec l'arrivée de l'eau du canal du Verdon, branche annexe du canal de Provence, alimenté par le réservoir du barrage de Bimont.

Nous en comptons encore quelques exemplaires dont, nous l'espérons, les propriétaires actuels auront à cœur d'assurer la conservation. 2-18

Les Marres

Le besoin en eau d'usage agricole a donné lieu dans les années 1850, sur la commune, sur le domaine agricole des Marres, à la réalisation de travaux destinés à assurer la présence d'eau aux quatre coins de la propriété.

La source principale existant sur le domaine et qui procure de l'eau en quantité va être aménagée.


 

La source des Marres


 

Elle est creusée afin de permettre à trois galeries situées au fond de cette sorte de puits de conduire l'eau vers le nord, vers la maison et les installations agricoles, vers le sud et le puits.

- Le canal nord débouche près du chemin à moins de 300 mètres de la source. Il alimentait vraisemblablement un réservoir naturel.

- Le canal central conduisait l'eau vers la maison de maître et les batiments de la cave avant que cette eau libérée ne redescende vers le bas de la propriété, au nord ouest, et se jette dans la rivière du Pilon du Roi.

Dans la cour de la demeure, une vasque adossée au bancau recevait l'eau qui jaillissait de son unique canon. Une goulotte supérieure nous permet de constater que cette eau était très calcaire.

Depuis l'enrochement retenant la restanque, un canal recouvert longe la maison jusqu'au réservoir situé sous une terrasse, à l'ouest du batiment. Dans son prolongement, vers l'ouest, un autre canal conduisait le trop- plein vers un réservoir d'où repartait vers le nord un canal qui longeait l'habitation et les bâtiments de la cave. Il alimentait le chai en eau " claire ". L'eau était ensuite libérée et regagnait le lit du vallat par des fossés maçonnés.

- La galerie sud alimentait en eau le puits situé à l'extrémité de l'allée ombragée donnant sur la cour et l'entrée principale de l'habitation à laquelle le visiteur accédait par le sud.


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Domaine agricole prospère

Depuis ce puits, une galerie voutée construite en pierres sèches, au fond d'une tranchée recouverte de terre arable, amenait de l'eau dans la partie supérieure, à l'ouest du domaine, dans un bassin artificiel. Le trop-plein suivait un canal qui le déversait au nord dans un autre bassin artificiel de rétention situé à proximité des bâtiments de la ferme aujourd'hui disparus. Le surplus d'eau regagnait le vallat du Pilon.

Des puits de visite étaient aménagés de loin en loin, pour permettre l'entretien ou le puisage de l'eau d'irrigation. Par mesure de sécurité, sur un domaine ouvert au public, ils ont été bouchés mais leur structure supérieure reste visible.

C'est ainsi que sur cette propriété, au 19e s., outre la vigne et les céréales, des arbres fruitiers, des légumes ont pu être cultivés sur ces bancaus recouverts d'arbres et d'arbustes, dans un domaine agricole prospère.

La réglementation en milieu rural

A proximité du village, les vallats de Siège, de Babol, du Rajol et des Platrières (Mourgues) fournissaient une eau de ruissellement abondante qui allait permettre une culture maraichère renommée.

Outre les cultures vivrières indispensables s'est développée, à la fin du 18e s., la culture de la carotte de Simiane et de l'oignon de Simiane. Ces cultures ont perduré jusqu'à l'introduction des cultures extensives de la basse vallée du Rhône. Cette carotte gouteuse, vendue avec ses fanes, était très prisée sur le marché du cours Saleya à Nice.

Il fallait assurer sa qualité, mais aussi sa présentation. C'est pourquoi les divers exploitants ont installé des lavoirs spécialisés. Certains étaient maçonnés dans le sol, à proximité d'un vallat, d'autres étaient composés de deux bacs en ciment dans lesquels circulaient de l'eau.

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Une trentaine de mètres en amont du lavoir, un bief permettait de détourner l'eau du ruisseau qui servait à l'irrigation et à l'alimentation du lavoir comportant deux parties. Le deuxième bac servait au lavage des racines terreuses et le premier au rinçage en eau " claire ".

Chenal, aux Marres

C'est à l'aide de rateaux de bois que les femmes exerçaient ce travail, le plus souvent à genou devant le plan incliné qui servait de margelle.

Le trop-plein regagnait le vallat. Certains lavoirs, comme celui situé derrière le collège étaient même carrelés. L'arrivée d'eau était parfois commandée par une vanne ou par un moyen rudimentaire, l'espacié (sorte de demi-lune métallique qui se plantait en travers du canal de terre).

Ils étaient principalement installés le long du Babol et à Siège. En effet, l'eau du vallat des Mourgues, de mauvaise réputation, n'était pas toujours claire et s'utilisait essentiellement pour l'irrigation. Ce vallat traversant le village, un arrêté municipal autorisait les villageois à y déverser, le matin et le soir, la " tinette " en deux endroits : place du Lavoir, par un trou pratiqué au pied du parapet, et dans les toilettes publiques situées sur le cours des Héros.

Ce n'est pas seulement de nos jours que l'eau a été le sujet de préoccupations.

En 1839, en raison des problèmes posés par une utilisation anarchique de l'eau du vallat des Babols, les agriculteurs du vallon et ceux de Siège, chacuns de leur côté, ont élaboré un règlement d'utilisation de l'eau de ruissellement de leur vallat respectif.

Extrait de l'Acte du règlement des eaux à Babol
 

Chaque famille se voyait attribuer un créneau hebdomadaire et un temps de puisage. L'absence de son respect entraînait des sanctions à l'encontre du trublion.

Jean Tribotté


Amis lecteurs, si vous ou des membres de votre famille disposez d'informations ou de documents susceptibles de compléter le contenu de cette série d'articles, merci de nous en faire part pour partager l'information avec tous les Simianais.
 

 

Cf. le blog de Jean Tribotté : http://jtribs.blogspot.com

Sources : Huguette Garrido et Archives nationales

© Jean Tribotté et Simiane-Collongue Aujourd'hui pour demain.




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