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   Fête votive
 La Saint Eloi

 

 

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la fête de saint Eloi arrivait deux fois par an, les 29 juin ( date de la translation de ses reliques) et 1er décembre ( date de son décès ). Depuis, elle ont été tout bonnement rayées du calendrier civil français ; c'est le triste sort que réservent les autorités ecclésiastiques et civiles à certains de nos saints, que fêtaient nos ancêtres, sans que l'on en connaisse les justes raisons.


 

Saint Eloi, forgeron ou orfèvre de son état, d'après ses légendes, a été choisi comme saint patron par de très nombreuses corporations : orfèvres, batteurs d'or, sonnetiers ( cloches ), taillandiers ( outils tranchants ) et serruriers, forgerons et maréchaux-ferrants, lorniers (bourreliers), selliers, maquignons, charretiers et muletiers, laboureurs, etc.

Une fête majeure


Dans le centre et le nord de la France c'est surtout le saint Eloi des métalliers que l'on fête tandis qu'au sud il est plutôt célébré en tant que patron des charretiers, des muletiers et des laboureurs.

Dans de nombreux villages de Provence, la Sant Aloi est une des fêtes majeures de l'année, légérement différentes dans leurs rituels et leurs significations selon que l'on se situe au nord du département autour des Alpilles où, au sud et, à proximité de Garlaban.

Autour des Alpilles, c'est « La Carreto ramado », la charrette décorée, ramée de feuillages et de blé, garnie des produits du terroir, vedette du spectacle, que l'on promène autour du village, tirée par un attelage de vingt à trente chevaux attelés en « Flèche » , richement harnachés à la « mode sarrasine » brides et colliers ornés de houppes de laine colorées, de rubans multicolores, pompons et plumes aux couleurs bleu, grenat et jaune, conduit soit au pas soit au galop, ce qui permet aux charretiers de montrer leur dextérité ; dans les villages où la charrette court, la négociation acrobatique de virages dans des rues relativement étroites est très spectaculaire et enthousiasme la foule des badauds.


« Ai vist la Ramado (J'ai vu la charrette ramée)
Faire en vilo sa passéjado (Faire en ville son parcours)
E cinquanto miols pla parats (Et cinquante mulets joliment parés)
Montas pèr cinquanto goujats » (Montés par cinquante garçons)
 

« Semblo un davans... »

C'était un grand honneur que de pouvoir incorporer et atteler un cheval dans la Flèche, de rivaliser par la beauté des harnachements avec les autres chevaux. Un dicton reste encore lorsqu'on veut se moquer d'une personne vêtue avec ostentation : « Semblo un davans de Sant Aloi » (Elle ressemble au cheval de devant de Saint-Eloi).

Dans notre région et autour de Garlaban, c'est « la cavalcade », qui est pratiquée avec le défilé de charrettes à thèmes, richement décorées, de calèches et de bogeys conduits par des équipages en costumes d'époque, de cavaliers avec leur cavalières montées en croupe, le tout suivant le buste de saint Eloi entouré des batteurs de tambours, et au rythme des tambourinaïres. L'ensemble de la cavalcade fait de trois à cinq fois le tour du village sous les encouragements et les bravos de la population et des spectateurs massés aux endroits stratégiques.

Ces deux rituels ont en commun, bien souvent, une messe célébrée en provençal, la bénédiction des chevaux et des charrettes, la distribution de pains bénits, la démonstration du maniement du fouet et la vente aux enchères du « gaillardet », harnais richement décoré, l'ensemble des participants se retrouvant ensuite autour d'un banquet pour déguster la traditionnelle « Daube » provençale.

Le déjeuner terminé, après la sieste traditionnelle des hommes levés depuis l'aube, les bêtes soignées, c'est l'ouverture du bal qui clôturera cette journée de fête agraire.

Réjouissance qui ne s'improvise pas la veille de la sortie de la cavalcade car, de longs mois à l'avance, il a fallu dans un premier temps, négocier avec la Fédération des associations de la Saint-Eloi qui contrôle le calendrier des charrettes, régulation indispensable liée à la raréfaction des chevaux pour que chaque village demandeur ait l'ensemble des moyens lui permettant une bonne tenue de sa fête.

C'est ainsi qu'en Provence, les Saint-Eloi se déroulent dans nos villages, de juin à fin septembre grâce, paradoxalement, à l'absence du saint sur les calendriers. La date connue, chaque ménager participant vérifie les colliers et les harnais de son cheval ou de son mulet, graisse les cuirs, fourbit les grelots et les sonnailles.

Terre de maintenance

Enfin, la veille, après être aller chercher en colline thym, romarin, genet, feuillage, on « arrame » ( on décore ), habillant de la verdure cueillie les brancards, les roues, les ridelles de la charrette où prendra place la famille du ménager, fière de participer au défilé et de montrer par la beauté des harnachements, non pas leur richesse, mais leur place dans la hiérarchie villageoise.

En Provence, terre de maintenance, ces fêtes votives ont jusqu'à ce jour, par le mutualisme des moyens en chevaux, contrecarré les effets de l'apparition des tracteurs agricoles en remplacement des animaux de trait.

Un personnage

Mais il ne faut pas se bercer d'illusions, nous allons vers la disparition inexorable du cheval comme outil dans nos exploitations et sur nos cavalcades futures où, bientôt, la remorque tractée remplacera la charrette, flottera l'odeur du gazoil à la place des senteurs de sueur et de fumier engendrées par nos amis les chevaux.

Il y a encore peu de temps, dans nos fermes, le cheval faisait partie de la famille, il avait un nom, il était un personnage, avec ses qualités et ses humeurs, ce que ne seront jamais les nouveaux engins de production...

 

Lou Papet (André Beaumond), juin 2006

 


 

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