Lettres de ma ferme
Simiane Demain
Se maintenir en bonne santé et se soigner dans nos campagnes, tout au moins en ce qui concernait les maladies dites naturelles telles que fièvres, douleurs, maux d'estomac ou de ventre, blessures légères, brûlures, entorses, luxations relevaient plus des traditions familiales et de méthodes empiriques que du recours à des médecins difficiles à joindre, installés loin dans les bourgs environnants et, dont les prescriptions étaient souvent regardées avec appréhension et méfiance par les populations terriennes.
Il faut savoir, par exemple, que Simiane, entre autres, n'a vu l'installation d'un médecin résidant au village qu'après la Deuxième Guerre mondiale, vers les années 1950. De ce fait, chaque famille possédait son droguier où étaient soigneusement rangés dans de petits sacs, des bocaux, les herbes diverses, les simples, cueillies dans les champs ou achetées aux colporteurs de passage, ainsi que les préparations « maison ».
Ce droguier renfermait en général des stomachiques, des aromatiques, des toniques, des dépuratifs et ces préparations populaires dont notre Margarido vous donnera quelques recettes. J'ai encore le souvenir d'un petit buffet de la ferme, dont la partie haute avait servi à cet usage, utilisé maintenant à toute autre chose ; son bois avait conservé pendant des années la mémoire olfactive des produits qu'il avait renfermés et qu'il nous restituait chaque fois que l'on ouvrait ses portes.
Ces droguiers se sont de nos jours transformés en armoires à pharmacie garnies de comprimés, cachets, gélules, restes de prescriptions inutilisées, dont souvent on ne se rappelle même plus l'usage, sans saveur et sans odeur.
Autre temps, autres mœurs.
Lou Papet (André Beaumond)