Lettres de ma ferme
Simiane Demain

Arbre de vie
C'est 600 ans avant notre ère que, selon la légende, les Phocéens fondent Massalia, la future Marseille.
Ces intrépides navigateurs, ne considèrant dans un premier temps que l'intérêt présenté par l'immense rade et son plan d'eau protégé ( Lacydon* ) offrant un abri sûr à leurs vaisseaux, ne voient dans l'arrière- pays « qu'un terroir maigre et sec, bordé de collines arides, à la végétation rare, constituée en partie de pins, d'oléastres* et de vignes mal entretenues... » ( Hérodote ).
Ces envahisseurs Phocéens et Grecs, les uns tournés vers la mer et les autres portés sur le commerce, au fil du temps, s'intégrèrent rapidement aux autochtones, Liguriens et Gaulois leur apportant les connaissances de leurs civilisations, leurs savoirs et, en matière d'agriculture, entre autres, les initièrent aux procédés de taille et de greffe de l'olivier et de la vigne jusqu'alors non pratiqués, ce qui améliora et bouleversa la production de ces deux types de culture en quantité et en qualité.
Strabon, géographe et historien grec, devant le même paysage, quelques siècles plus tard, évoquant les habitants de notre région, notera : « Ils occupent un territoire important, couvert d'oliviers et de vignes dont les productions sont exportées par les Massaliotes jusqu'au Rhône et au delà vers le Nord... »
Depuis la nuit des temps, l'olivier est un symbole mentionné dans la Bible parmi les arbres sacrés et la tradition raconte qu'au paradis terrestre « l'arbre de vie » était un olivier, d'où la représentation classique d'un de ses rameaux rapporté par la colombe au patriarche Noé après le déluge pour lui annoncer la décrue.
Dans la mythologie, c'est la déesse Pallas Athéna qui apporte aux Grecs l'olivier. Ils en font avec les Romains qui le baptisent « arbre de Minerve », un emblème de fécondité et le symbole de la sagesse, de la paix et de la gloire.
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Devinaio Qu'es aco ? L'olivier, l'olive, l'olive verte, l'huile |
Plus près de nous, nous trouvons sa trace dans nos religions chrétiennes, quels que soient les styles architecturaux, dans de très nombreux chapiteaux et ornements d'églises, dans l'élaboration du saint Chrême, onguent sacré, mélange d'huile d'olive et de divers baumes, utilisé lors de l'ordination des prêtres, de l'onction des rois de France et au cours de différentes cérémonies religieuses.
Cet arbre, plusieurs fois séculaire, est également mythique par sa longévité qui le fait considérer
comme immortel car, même si le tronc est détruit ou gelé, des rejets le reconstituent spontanément ; il ne disparaît
que du fait de l'homme par un arrachage total.
L'oulivié, à cent an, es encaro un enfant
La culture de cet arbre, typiquement méditerranéen, s'est donc développée au cours du temps en nombre et en qualité, particulièrement au Moyen Age, autour des abbayes de la région, Montmajour, Silvacane, Saint-Michel de Frigolet, Ganagobie, les moines apportant énormément de soins à toutes leurs cultures, pour s'étendre ensuite autour des villages voisins, remplaçant souvent, au milieu du XIXe siècle, les vignes ravagées par le phylloxéra.
A coté de propriétés importantes, se sont multipliées les olivettes petits vergers ne dépassant pas la centaine de sujets ; les oliviers faisaient partie de ces cultures vivrières, poires pour la soif, que chaque agriculteur se devait de cultiver pour la vie de la famille car, dans cet arbre, tout est utilisable et commercialisable : ses fruits... son huile... ses feuilles... son écorce et son bois :
- Ses olives, cueillies à la main, vertes en octobre, mures et noires en novembre, se dégustent de maintes façons après préparation.
- Son huile inégalable, riche en vitamines, déjà baptisée par les Romains oléum viridem, aux goûts différents selon les terroirs qui la produisent et, que l'on redécouvre depuis quelques années, ainsi que des sous-produits gras utilisés en cosmétologie et en savonnerie.
- Ses feuilles et son écorce que la pharmacologie emploie de nos jours dans certains médicaments pour le traitement des maladies cardio-vasculaires, du cholestérol, étaient déjà utilisées dans l'Antiquité ainsi que par nos ancêtres qui soignaient l'hypertension, les fièvres, les grippes, certaines blessures avec des décoctions, des tisanes et des emplâtres à base de feuilles fraîches et d'écorce de jeunes oliviers.
- Enfin, son bois excessivement dur, au grain serré, joliment veiné, légèrement parfumé, est très recherché en ébénisterie et dans l'art statuaire.
Malgré toutes les qualités de l'olivier, il nous faut constater sur le terroir simianais entre autres, dès le début du XXe siècle avec la désertification des campagnes, le manque de bras (la guerre de 14/18 ), les premiers effets du machinisme agricole, que bien de olivettes sont abandonnées, particulièrement celles cultivées en bancaou, où seuls l'homme, le cheval et l'araire étaient à même de travailler ; à cela est venu s'ajouter le gel de 1956 détruisant plus de 80% des oliviers conservés, l'arrivée sur le marché d'autres huiles végétales à bas prix et une urbanisation galopante entraînant sur les chantiers l'arrachage de nombreuses souches.
L'olivier, arbre nourricier à l'origine, est de nos jours, redevenu à la mode, transformé en sujet ornemental vendu, selon la taille, à prix d'or dans les jardineries...
Je ne peux que me souvenir avec une certaine nostalgie de nos promenades dans ces « olivettes » et de nos jeux autour de ces troncs noueux à la chevelure argentée dans une lumière tamisée par ces feuillages légers produisant peu d'ombre.
Il en est ainsi de la vie et des choses et, c'est bien ainsi.
Mais, comme disait Kipling : « Ceci est une autre histoire ».
Lou Papet (André Beaumond)
La Ferme haute, 2008
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Lacydon : ancien nom du Vieux port
© Simiane-Collongue Aujourd'hui pour demain 2008.
Reproduction interdite sans l'accord écrit de l'association.
Oléastre : olivier sauvage
Olivette : petit verger d'oliviers
Araire : ancienne charrue à un soc
Olivade : cueillette et ramassage des olives.