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| Passé vivant
C'est l'âme de Simiane que nous voulons conserver. Dans cette rubrique, nous vous parlons des lieux, des gens, du patrimoine, avec des entretiens, des récits. Déroulez le passé... |
Jean Baptiste Penon
Jean Baptiste, Etienne, Honoré fut baptisé le 26 mai suivant. Trois ans
plus tard, le 15 novembre 1853, naissait son unique sœur Joséphine, Françoise, qui consacra sa vie à ses parents
jusqu'à leur décès et, ensuite, à son frère qu'elle accompagna dans les dernières années de son sacerdoce.
Simiane ( pas encore Simiane-Collongue ) comme de nombreux autres petits
villages dépendant du diocèse d'Aix vivait dans l'esprit chrétien ; la religion et ses pratiques scrupuleusement
observées faisaient partie du quotidien dans lequel évoluait et grandissait le jeune Jean Baptiste.
On a une idée de la ferveur et de la générosité des Simianais lorsqu'en
1786, par exemple, il fallut envisager l'abandon à terme de la vieille église menaçant ruine et la construction d'un
nouveau lieu de culte. La décision de lancer ce chantier ne posa pas de problèmes et l'église Saint-Pierre fut édifiée
en guère plus de dix ans, entièrement financée par les dons des fidèles et quelques aides des marquis de
Tressemanes-Simiane. Registre des actes de naissances,
décès, mariages des années 1846 à 1852 L'an mil huit cent cinquante et le vingt trois mai à cinq heures du
soir,
par devant nous Joseph Gazelle, adjoint au maire de la commune de
Simiane, canton de Gardanne, département des Bouches-du-Rhône, remplissant les fonctions d'officier d'état civil par
délégation du maire de la dite commune en date du onze septembre mil huit cent quarante huit est comparu :
Etienne, Honoré, Victor Penon, cordonnier âgé de vingt-neuf ans,
domicilié en cette commune, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né aujourd'hui à trois heures du matin
dans sa maison d'habitation sise dans cette commune, de lui déclarant et de Catherine Dagnan son épouse, sans profession,
âgée de vingt-cinq ans, domiciliée en cette commune, auquel il a été donné les noms de Jean Baptiste, Etienne, Honoré
Victor Penon.
Les dites déclaration et présentation faites en présence des sieurs :
Ferdinand Bremondy, cultivateur âgé de trente-trois ans, et Joseph Penon, aussi cultivateur, âgé de cin-quante huit
ans, oncle du déclarant, tous les deux domiciliés en cette commune, témoins choisis par le père qui a signé avec nous
mais les témoins ont dit ne le savoir faire étant illettrés, après lecture faite.
J. Gazelle e. Penon
Un enfant qui promet
Arriva bien vite le moment où Jean Baptiste brisa le cocon familial pour
se mesurer à l'école semi-publique où il ne fut pas dépaysé en en franchissant le seuil car, de ce temps, l'école
était le prolongement naturel des traditions familiales ; le « maître » d'alors, qui considérait souvent son état
comme une vocation, instruire les jeunes intelligences, remarqua vite cet écolier dont la soif d'apprendre et la
capacité d'écoute étaient exceptionnelles, d'autant plus que, a contrario de ses camarades fils de cultivateurs, à la
scolarité décousue par les absences répétées dues aux travaux des champs, Jean Baptiste a pu suivre sans interruption
ses premières classes à Simiane ; à la fin du parcours de cet enseignement primaire il désigna Jean Baptiste et sa
famille à l'attention d'un séminariste du canton. de sa connaissance, qui s'essayait, pendant les vacances, au rôle
difficile de recruteur de sacerdoce en lui disant :
- Il y a, là, un enfant qui promet.
Simiane ayant donné à Jean Baptiste tout ce qu'elle était en mesure de
lui offrir, c'est tout naturellement à Aix-en-Provence, qui ne possédait pas encore de lycée public, au collège
catholique, qu'il fit, interne, toutes ses études secondaires et passa brillamment son baccalauréat de lettres
classiques et philosophie en 1867 ; un de ses professeurs aurait voulu, devant déjà l'étendue des connaissances et le
goût littéraire si sûr de son élève, l'aiguiller vers la faculté de lettres. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque
le « bac » n'était pas, comme de nos jours, le seul sésame pour entrer en facultés. Il fallait être présenté
avec un bon dossier devant un jury mixte, par ceux qui vous avaient mené au diplôme. Tous n'étaient pas admis.
Première messe à Simiane
A cette proposition alléchante accompagnée de perspectives brillantes,
notre professeur s'entendit répondre, tout étonné :
- Non, merci, je veux simplement être prêtre !
Ainsi fut fait, la route était tracée. Le 8 juin 1873, après le petit
séminaire et le grand séminaire, les études théologiques menées de pair avec des études supérieures de Lettres et
d'Histoire, Jean Baptiste Penon fut ordonné prêtre à la cathédrale Saint-Sauveur, à Aix-en-Provence, par Mgr Chalandon.
Quelques jours plus tard, devant sa famille et une bonne partie de la
population du village, il célébra sa première messe dans cette église de Simiane où il avait été baptisé et reçu sa
première communion.
L'enseignant
A la fin du 19e siècle, Aix est encore une grande métropole catholique
mais où l'archevêché commence à s'inquiéter des effets de la lutte anti-cléricale menée par Jules Ferry, chantre de
la «laïcité gratuite et obligatoire» visant à arracher l'enseignement à l'emprise des églises en général et de
l'église catholique en particulier. Contrairement à ses espérances, dès son ordination, lui qui désirait être envoyé
sur le terrain, dans une paroisse en attente d'un pasteur, est affecté au Petit séminaire où il professera jusqu'en
1878, date à laquelle il en prend la direction ; on le retrouve en 1883 à la faculté de Théologie dont il occupe la
chaire d'Histoire et d'Humanités et aussi à la direction des publications du diocèse ; il n'est âgé que de 33 ans, ce
qui, à l'époque et dans ce diocèse, ne s'était jamais vu.
Légitimiste
Jean Baptiste Penon s'était fait remarquer très tôt pour ses opinions
légitimistes et son attachement au respect des relations Etat-clergé définies par le pis-aller du Concordat de 1801.
Sa grande culture classique, ses compétences pédagogiques reconnues, ses talents d'orateur, de négociateur et ses
prises de position connues lui valurent d'être appelé rapidement à la questure de l'archevêché qui essayait de
s'entourer de ses éléments le mieux à même de l'aider à résister aux attaques des gouvernements républicains qui se
succédaient avec le même objectif : lutter contre « le péril clérical ».
Jean Baptiste sera installé ensuite vicaire de la paroisse du
Saint-Esprit (actuellement Saint-Jérôme) jusqu'en 1890 où, choisi comme vicaire général par Mgr Gouthe-Soulard,
archevêque d'Aix, que la presse appelait « l'archevêque martyr », depuis sa condamnation par les tribunaux pour
son manque de discrétion dans ses attaques contre la République, malgré l'encyclique du pape Léon XIII demandant aux
catholiques français d'accepter la Constitution.
Il occupa cette fonction pendant une dizaine d'années, considéré comme
le fils spirituel de cet archevêque hors du commun et, en 1900, fut vicaire capitulaire pendant la vacance du siège,
après la mort de Mgr Gouthe-Soulard. Le nouvel archevêque, Mgr Bonnefoy, proposa à la signature du
ministère la nomination de son vicaire capitulaire comme vicaire général. Mais le gouvernement radical conduit par
Waldeck Rousseau, au fait des opinions et des positions de J.B. Penon refusa d'accepter et d'officialiser cette
nomination.
Touché par cette mesure politique prise à son encontre, celui-ci demande à son archevêque de le libérer de ses
fonctions à la direction du diocèse et de l'envoyer au plus près de ses ouailles, dans une modeste paroisse " pour
avoir des âmes à sauver ".
Curé à Fuveau…
Le 22 septembre 1901, il est nommé à quelques lieues de son village
natal, recteur (curé) de la paroisse de Fuveau, dont il prend possession le jour de la fête patronale, la Saint Michel,
le 29 septembre, acclamé par une assistance nombreuse dans une église brillamment décorée et bondée de paroissiens tout
étonnés et aussi inquiets d'avoir comme pasteur un prêtre aussi éminent, " …les hommes remplissant le devant de la
grande nef et toute la nef latérale du midi. Le sanctuaire était occupé par l'orphéon, en arrière était le cœur des
jeunes filles qui, accompagnées par un brillant orchestre, allait exécuter une superbe messe en musique ". Inquiétude
vite dissipée lorsque leur nouveau curé s'adresse à eux dans leur langue provençale.
Pendant plus de trois ans, jusqu'en 1904, J. B. Penon exerçe son zèle pastoral à Fuveau avec un dévoue-ment de tous les jours et de toutes les heures, étant toujours de cœur avec ses paroissiens, prenant part à leurs joies, s'associant à leurs deuils, veillant à l'éducation et à l'ensei-gnement des enfants.
...doyen à Saint-Rémy...
En 1904, la paroisse importante de Saint-Rémy-en-Provence perd son
pasteur et c'est Jean Baptiste qui en est nommé doyen, le 29 juillet, intronisé par les archiprêtres d'Arles, d'Aix
et de Tarascon qui le conduisent selon la liturgie de l'installation, à l'autel, aux fonts baptismaux, au tribunal de
la pénitence, à la chaire, à la stalle curiale, avant de le présenter à ses nouveaux paroissiens auxquels il s'adresse
en ces termes :
" Je sens la responsabilité de vos âmes, je sens la grandeur des fonctions
pastorales.
En arrivant à Fuveau, j'avais compris mieux que jamais le prix des âmes,
j'avais donné ma vie à ma chère famille de Fuveau que je n'oublierai jamais, j'avais visité tous mes paroissiens, je
m'étais assis à tous les foyers, car il faut qu'il y ait entre un prêtre et ses fidèles l'affection qui unit un père à
ses enfants. Ce que j'ai fait à Fuveau, je veux le faire ici et je désire le faire mieux encore. Je vous apporte toute
mon âme, à tous sans exception ".
Si son esprit nourri pendant de longues années des cultures latine et
grecque vivait à l'aise dans les sphères littéraires, son âme soutenait une vie où la prière et les pratiques de piété
ne perdaient jamais leur droit et venaient conforter son dévouement.
En marge de ses occupations pastorales, il s'occupe encore d'enseignement
et, comme souvent à Fuveau, il le fait à Saint-Rémy : le presbytère toujours ouvert se transforme souvent tard le soir,
en école chrétienne. Il se dévoue dans sa nouvelle paroisse pendant deux ans, jusqu'en 1906, date à laquelle une
nouvelle nomination le ramène dans le giron de l'archevêché d'Aix-en-Provence secoué par les applications de la loi sur
la séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui l'installe curé doyen à la tête d'une des plus importantes paroisses
d'Aix-en-Provence, Sainte-Madeleine, qu'il dirige jusqu'en 1911.
Dans ces trois paroisses, Fuveau, Saint-Rémy et Sainte-Madeleine, chacun
de ses départs est un déchirement pour ses paroissiens et ses vicaires qui le vénèrent, objet d'une popularité fondée
sur la seule estime ; dans les deux premières on regrettait ce pasteur né en terre provençale, parlant la langue
ancestrale qui pouvait et savait en toutes circonstances les entendre et leur parler dans le patois du pays d'Aix ; à
Sainte-Madeleine, il a été l'idole de ses curés et profondément vénéré des paroissiens depuis les plus pauvres
jusqu'aux plus distingués, subjugués par la facilité de son approche, sa piété, son écoute et ses talents d'orateur qui
remplissaient l'immense église aux grands prêches de Carême.
...enfin évêque à Moulins
En mai 1911, le chef de l'Eglise, le pape Pie X, qui depuis longtemps
connait les dons éminents de l'esprit et du cœur de Jean Baptiste Penon, son immense culture, sa grande piété, son
activité débordante, qui l'a déjà reçu à deux reprises au Vatican, le nomme par bulle pontificale, au siège épiscopal
de Moulins. Jean Baptiste est alors âgé de 61 ans.
La cérémonie du sacre du nouvel évêque se déroule à Aix-en-Provence en
la cathédrale Saint-Sauveur, le 27 juin 1911.
Les effets de la loi de Séparation de décembre 1905 sont encore très
présents, dissolvant les liens qui régissaient et unissaient jusque-là l'Eglise et l'Etat. Par exemple, les processions
dans Aix furent interdites par la municipalité socialiste précédente (1902-1908). L'actuelle a cette occasion déroge et
autorise un court cortège épiscopal ; l'ancien archevêché étant désaffecté et la nouvelle résidence trop lointaine,
c'est à proximité, à l'hôtel de Saporta mis à la disposition de l'archevêché par son propriétaire, Me Revol,
avoué, que le clergé de la cathédrale vient chercher, selon le rite de cette cérémonie, l'archevêque Mgr
Bonnefoy et J. B. Penon, les évêques de Fréjus, d'Arras, de Montpellier, de Digne, de Marseille, abbés et chanoines qui
y ont été accueillis pour revêtir leurs vêtements sacerdotaux.
Aix-en-Provence
A l'extérieur, la foule acclame les évêques et notamment Mgr Penon et
l'archevêque d'Aix. Le cortège remonte la rue Gaston-de-Saporta, noire de monde, ainsi que la place de l'archevêché et
les abords de la cathédrale, entre dans l'église, prenant place dans le chœur au son des grandes orgues jouant des
fragments du Messie de Haendel.
Au-dessus de l'autel, en lettres d'or, est inscrite la devise du nouvel
évêque : Parate viam Domini, et l'abside est décoré d'oriflammes et de cartouches aux armes du pape, de l'archevêque
d'Aix et de Mgr Penon, la cérémonie du sacre se déroule dans le haut chœur occupé par les vicaires généraux du diocèse
de Moulins.
La bulle de nomination est lue par le chancelier de l'archevêché puis,
Mgr Bonnefoy, prélat consécrateur portant le pallium ( ornement sacerdotal) fait subir l'interrogatoire de
foi et de doctrine à l'élu qu'assistent ses deux parrains, dom Godeffroy Madeleine, ami intime de Jean Baptiste, abbé
du monastère de Saint-Michel de Frigolet, venu spécialement de Belgique où les moines prémontrés avaient été accueillis
après leur expulsion de France, en 1903, et la spoliation de l'abbaye, et Mgr Lobbedey ancien évêque de
Moulins ; ensuite Mgr Penon, revêtu de ses ornements, concélébre avec l'archevêque la messe spéciale du
sacre pendant que les orgues accompagnent la maîtrise dans un programme déroulant un Kyrie et un Sanctus
de Palestrina, diverses pages du Messie et l'Oratorio de Haendel.
La messe achevée, le nouvel élu, impressionné, donne à la foule sa
première bénédiction solennelle faisant le tour de l'église en bénissant les fidèles; c'est à Joséphine Françoise sa
sœur, très émue elle aussi, qu'il réserva sa première bénédiction individuelle et le premier baise-main, mettant plus
d'une demi-heure pour faire le tour de la cathédrale, tout le monde voulant l'approcher, faire bénir un enfant, baiser
son anneau, sa croix pectorale. Croix qui avait appartenu à son ancien mentor, Mgr Gouthe-Soulard, qui lui en avait
fait don, prémonition, avant de mourir, croix qui ne l'a plus jamais quitté, l'emportant dans sa dernière demeure à
Simiane.
Retournant dans le chœur, à trois reprises, le nouvel évêque adresse le
vœu de longue vie ad multos annos au prélat qui vient de lui conférer ses nouvelles fonctions.
A ce souhait filial, Mgr Bonnefoy répond par une accolade prolongée,
suivie par celles de ses deux parrains. La cérémonie du matin est terminée, c'est la sortie de la cathédrale et le
retour à l'hôtel de Saporta au travers d'une foule compacte acclamant le nouvel évêque de Moulins et l'archevêque
d'Aix.
Prêtres de terrain
Les journaux spécialisés de l'époque, estiment que près de quatre cents
prêtres " de terrain ", principalement du Sud de la France ont assisté de leur propre chef à cet événement, soulignant
que cette présence importante était le résultat des années brillantes d'enseignement prodiguées dans un contexte
politique difficile par Jean Baptiste Penon, tant au Grand séminaire qu'à la faculté de Théologie, enseignement qui a
marqué les esprits de ceux qui ont tenu à rendre hommage à celui qui fut leur professeur, leur guide et, souvent, leur
confesseur.
C'est à l'école du Sacré-Cœur que Mgr Penon reçoit à déjeuner les 350
prélats et prêtres invités officiels à la cérémonie. Avant ce repas, le nouvel évêque se fait présenter par son
vicaire général Nény les prêtres du diocèse de Moulins, arrivés la veille et, qu'il n'avait pu encore rencontrer.
A la fin du repas, c'est l'instant des toasts et vont prendre
successivement la parole Mgr Bonnefoy, archevêque d'Aix, Mgr Lobbedey, ancien évêque de Moulins,
le vicaire général Nény du diocése de Moulins. Ils retracent le parcours, les
différentes étapes de la vie et les diverses fonctions du nouvel évêque qui, prenant la parole en dernier, sans
discours écrit et sans notes, selon son habitude, les remercie dans un discours d'une haute tenue, faisant ses adieux
à son cher diocèse d'origine qu'il va quitter sans l'abandonner, évoquant aussi celui qui va le recevoir et qui lui
donne déjà tant de marques de sympathie ; il parle d'abondance, tour à tour ému, familier ou grave, les phrases
coulant avec une facilité simple qui indique sa très grande habitude de la parole, égrenant la litanie touchante et
sincère de tous ceux, présents ou disparus, dont la vie fut mêlée à la sienne.
A l'œuvre, à Moulins
L'après-midi, c'est à Sainte-Marie-Madeleine, la paroisse qu'il va
quitter, que Mgr Penon reçoit de Mgr de Cabrières, en chaire, le dernier hommage de ses pairs, et officie la liturgie
des vêpres et le salut au très Saint-Sacrement, avec un dernier défilé processionnel à travers l'église.
La journée du sacre est finie. Jean Baptiste Penon tourne la page de 60
années de vie provençale au service du diocèse d'Aix pour se mettre promptement à l'œuvre dans son nouveau diocèse de
Moulins.
Dès sa première lettre pastorale le ton de son action est donné.
Quelques phrases de son épître sur la jeunesse sont toujours d'une brûlante actualité :
« ... En dépit de tous les progrès, en raison même de ces victoires sur la matière, qui rendent l'âme plus
avide et creusent plus profond l'abîme de ses désirs, il faut à cette âme immortelle du divin et de l'éternel. Les
déclamations sur l'idéal, qui remplissent tant de vains discours, comme les désespoirs trop réels qui multiplient la
folie et les actes insensés, ne sont que le cri inconscient et souvent tragique de cette soif dévorante et inassouvie.
A l'œuvre donc, vous qui avez la foi dans votre cœur, pères et mères, maîtres et maîtresses de nos écoles, directeurs
et directrices de nos maisons de jeunes, bénévoles de nos œuvres de charité, sachez pour amener et retenir la jeunesse,
donner sans mesure votre temps et votre cœur... »
Malade, il démissionne
Mgr J. B. Penon fera sa rentrée dans la cathédrale de Moulins le 18
juillet 1911 et restera à la tête de ce diocèse jusqu'à ce que, malade, estimant ne plus avoir les moyens physiques
d'assurer la pérennité de ses tâches, dans sa lettre pastorale du 24 juin 1926, le jour de sa fête patronymique, il
annonce à ses diocésains sa démission du siège de Moulins et sa translation à l'évêché titulaire de Cuses ; dans cette
même lettre pastorale, la dernière, il exhortera ces mêmes diocésains à achever ce qui fut l'un des principaux
chantiers de son épiscopat à Moulins, la construction de son Grand Séminaire; il y donne par ailleurs des détails sur
son lieu de retraite.
Mon projet de retraite, qui ne put se réaliser alors pour cette abbaye diocèse d'Albi, me parut, quelques mois
plus tard réalisable pour une autre abbaye, non moins chère à mon cœur... celle des Prémontrés, à Saint-Michel-de-
Frigolet, à l'extrémité du diocèse d'Aix, à quelques kilomètres d'Avignon.
J'écrivis au révérendissime Père Abbé, mon
ami intime depuis longtemps et, le 21 juillet 1925, j'ai reçu sa réponse affirmative. J'ai aussi l'assentiment de Mgr
l'Archevêque d'Aix. Je puis donc aller occuper de nombreuses pièces, avec chapelle spéciale, dans la partie du
monastère qui est en dehors de la clôture.
Mais un prêtre ou un évêque peut communiquer facilement avec la partie
cloîtrée. J'ai habité cette partie du monastère, plus d'une fois, pendant mes fonctions de vicaire général d'Aix.
C'est là que je vais me retirer, avec mon entourage de famille, à la grande satisfaction, à la fois de Mgr l'Archevêque
d'Aix et de Mgr l'Archevêque d'Avignon, non loin du tombeau de sainte Marthe de Tarascon, dont j'ai été, pendant onze
ans, l'archidiacre.
J'espère donc finir mes jours là, dans un milieu monastique, qui me rappellera mes deux chères
abbayes de Notre-Dame de la Trappe de Sept-Fons et de l'abbaye bénédictine du Reray. J'y serai au confluent des deux
provinces ecclésiastiques d'Aix et d'Avignon, dont les deux métropoles et la plupart de leurs suffragants, sont mes
amis personnels. A tous, je pourrai peut-être rendre, le cas échéant, quelques services, si Dieu me maintient,
quelques années encore, assez de force... »
- 1850 Naissance à Simiane ( A suivre )
Un Simianais évêque
par André Beaumond

Acte de naissance N° 13 du 23 mai 1850
Repères chronologiques
- 1856-1862 Enseignement primaire à l'école publique de Simiane sanctionné par une attestation
de capacités à
poursuivre dans le secondaire. (Le certificat d'études national ne sera mis
en place qu'en 1874).
- 1862-1867 Enseignement secondaire au collège catholique d'Aix-en-Provence, sanctionné par un
baccalauréat en lettres et philosophie.
- 1867-1870 Etudes de lettres classiques et d'histoire, menées de pair à la faculté de Théologie avec des
études de
philosophie et de rhétorique
- 1870-1873 Etudes poursuivies au Grand séminaire, sanctionnées par une licence en humanités (latin-
grec) et un doctorat en rhétorique.
- 1873, 8 juin Ordination de Jean Baptiste Penon à Aix-en-Provence
- 1873-1878 Professeur au Petit séminaire
- 1878-1882 Directeur du Petit séminaire
- 1883- Professeur à la faculté de théologie à la chaire d'histoire et d'humanités
- 1885-1890 Vicaire de la paroisse du Saint-Esprit (actuellement Saint-Jérome)
- 1890-1901 Vicaire général du diocèse d'Aix en Provence - Arles
- 1901-1904 Curé de la paroisse de Fuveau
- 1904-1906 Doyen de la paroisse de Saint Rémy de Provence
- 1906-1911 Curé de la paroisse de Sainte Marie Madeleine à Aix-en-Provence
- 1911-1926 Evêque de Moulins Allier
- 1926-1929 Retraite dans l'abbaye de Saint-Michel-de-Frigolet, chez les Prémontrés.
- 1929 Décès de Mgr J.B. Penon, enterré dans son village natal, à Simiane
- 1932 Inauguration dans l'église Saint-Pierre de Simiane du
buste et du bas relief rappelant Mgr Penon aux fidéles.
© (Le Gaiardet, 1er avril 2007)
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