Politiquement  incorrect ?

Simiane Demain

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Vous avez dit : repentance ?

Contre la mémoire sélective


 


Certains voudraient que l'Occident, et lui seul, se repente de tout. C'est ridicule et malhonnête. Pourquoi nous et nos enfants aurions à nous excuser des actions de nos ancêtres, il y a plusieurs siècles parfois ? En outre, il est tout à fait malhonnête de juger sans nuance avec les critères d'aujourd'hui.
 

C'est comme si l'on demandait

... aux communistes actuels de s'excuser de l'approbation du pacte germano-soviétique ou des dizaines de millions de morts dont le communisme a été responsable : au moins 20 millions en URSS, 80 millions en Chine.

    (A ce sujet, le 25 janvier 2006, l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui regroupe 46 états, a condamné les crimes des régimes communistes totalitaires. Voir ci-dessous : Suggestions de lecture).

Certes, on pourrait leur reprocher leur mémoire très sélective sur beaucoup de sujets...

... aux Arabes de s'excuser de la conquête du Maghreb, de l'Espagne, d'une partie de la France, etc., et de la traite des esclaves (qui d'ailleurs continue encore dans certains endroits).

Certes, on pourrait leur reprocher, à eux aussi, leur mémoire bien sélective...

Éléments simples de réponse

    On peut noter à cet égard ce qu'écrit le journaliste Daniel Leconte, dont on connaît pourtant les sympathies, dans Camus, si tu savais (Le Seuil, 2006) :

    « Pourquoi donc pourrait-on chanter la science de l'irrigation importée en Espagne en sept siècles d'occupation par les Arabes et considérer comme dérisoire la science de la terre importée par les Français en Algérie en un peu plus d'un siècle ? »

Voici d'autre part une courageuse réponse de José Maria Aznar, ancien président du conseil espagnol, lors d'une conférence, le 22 septembre, à l'Institut Hudson d'Etudes stratégiques, à Washington :

« Nombreux sont ceux qui demandent au Pape Benoît XVI de s'excuser pour les propos qu'il a prononcés sur l'islam et la violence.
Par contre, aucun musulman n'est venu me demander pardon pour les huit siècles de l'invasion islamique de l'Espagne. Ce n'est pas l'Occident, qui attaque l'islam, ce sont les islamistes qui nous attaquent ici en Occident. »

Heureusement, plusieurs ouvrages essaient de remettre les idées en place.

Suggestions de lecture

- Pascal Bruckner : La Tyrannie de la repentance (Grasset, 2006)
- Daniel Lefeuvre : Pour en finir avec la repentance coloniale (Flammarion, 2006)
- Philippe Moreau Defarges : Repentance et réconciliation (Presses de Sciences-Po, 1999)

Sans oublier, naturellement,

- Le livre noir du communisme, par une équipe d'historiens dirigée par  Stéphane Courtois (Ed. Robert Laffont)

Avant même sa parution, l'armée rougeâtre des ex-, néo-, proto-, crypto- et autres indécroto-staliniens s'était mise en rang de bataille pour transformer cet ouvrage, avec l'honnêteté et l'impartialité qui les caractérisent, en horreur éditoriale de cette fin de siècle, et ses auteurs en agents au mieux involontaires, pour certains seulement, du libéralisme conquérant. Au côté de ces traîneurs de casseroles, omniprésents dans les « salons » médiatiques où l'on cause, les colonnes du Monde ou les antennes de France Culture, l'habituelle cohorte des «anticapitalistes primaires », la pensée figée depuis 1917, assimilant l'assaut d'une A.N.P.E. à la prise du Palais d'hiver, incapables d'imaginer qu'on puisse combattre plus d'un adversaire à la fois, et pour qui aujourd'hui toute critique non orientée exclusivement vers les représentants d'un capitalisme sauvage fait invariablement (air connu) le jeu de ces derniers. Enfin, pour compléter le triste tableau des pourfendeurs du livre, les stratèges d'opérette d'hier et d'aujourd'hui, sans éthique et sans mémoire, n'ayant rien à opposer à son contenu mais tentant de nous convaincre que le moment choisi pour se livrer au recensement de ces crimes atroces, commis au nom d'un idéal masquant une effroyable imposture politique, n'est toujours pas le bon.

Jean Robin, Le Monde libertaire, organe de la Fédération anarchiste, 26 mars 1998

La position du président de la République

« Je n'ai pas connu la guerre d'Algérie, je ne suis pas de cette génération sur laquelle l'histoire pèse lourdement et je veux me tourner résolument vers l'avenir », a dit Nicolas Sarkozy à l'issue de sa discussion avec le président algérien. Un peu en retrait, pâle et immobile, Abdelaziz Bouteflika n'a pas prononcé une parole.

Le président français a annoncé qu'il reviendrait en novembre, pour une visite d'État.

Foin de repentance, place au concret. « Je suis pour une reconnaissance des faits, pas pour le repentir qui est une notion religieuse qui n'a pas sa place dans les relations d'État à État », a souligné le président français dans une interview au quotidien El Watan. « Les Algériens ont beaucoup souffert, je respecte cette souffrance, mais il y a eu aussi beaucoup de souffrance de l'autre côté et il faut la respecter », a-t-il ajouté, hier, devant les journalistes. Certes, poursuivait-il dans El Watan, « le travail de mémoire doit continuer, mais dans la dignité et l'objectivité, à l'abri des polémiques et des tentatives d'instrumentalisation ». Selon lui, « si on veut réinterpréter l'histoire, cela aboutira à de nouveaux malentendus ».

Le Figaro, 11 juillet 2007

Entretien avec Nicolas Sarkozy
ministre d'Etat, de l'Intérieur, de l'Aménagement du Territoire

La colonisation a eu ses heures sombres et les traites négrières furent autant de crimes, c'est entendu. Il ne faut pas oublier le passé, car nous avons un devoir de mémoire et de reconnaissance.

Dans cette démarche, il faut prendre garde à ne pas confondre le système colonial, dont nous connaissons tous l'injustice, et l'action des personnes qui cohabitaient sur place, qui travaillaient et qui bâtissaient ensemble, qui aimaient l'Afrique.

Réduire cette page d'Histoire à la seule dénonciation des erreurs du système colonial serait donc incomplet.

Jeune Afrique, 5 novembre 2006