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  Passé vivant, l'âme de Simiane

 L'anchois, la côtelette

  et l'honneur républicain

   par Denis Oléon

Dans les années 1980, le regretté Denis Oléon, à ma demande, avait animé avec beaucoup de talent deux rubriques dans la revue Lou Gaiardet, Pratique, comportant des conseils de jardinage, et Le Temps comme il passe, relatant des anecdotes sur la vie simianaise. Nous reprenons ici l'une de ces dernières, savoureuse.

André Segui


Cette petite anecdote a été recueillie chez les plus anciens Simianais qui l'avaient entendu raconter par leur père ou grand-père à propos du mastroquet Pontier et de cette maison (voir La fontaine des Vaches), disparus que vous pourrez découvrir grâce à de vieilles cartes postales.

Il faut bien se représenter qu'à l'époque, à part le boulanger, les commerces étaient tenus par des paysans, mastroquets, bouchers, épiciers, et que, par exemple, avant la guerre de 14, on abattait à Simiane deux bœufs par an, l'un à Noël, l'autre à Pâques, et que le reste du temps, on consommait le mouton élevé sur place, du lapin, des poulets, etc. La monnaie était rare. Le bistrot était ouvert et si le maître des lieux était absent, le client habitué se servait et, à la revoyure !

Donc, ledit Pontier de la moitié du siècle dernier, était tombé sous le coup de la loi républicaine, qui lui reprochait de détenir sur ses étagères une bouteille à fleur de lys. Ce délit majeur lui valut d'avoir à demeure un garde républicain devant sa porte, quitte à lui de le nourrir et de le loger, afin d'éviter tout rassemblement éventuel. C'était, il faut le dire, une solution d'avant-garde aux problèmes qui nous préoccupent.

Cette cohabitation était tout naturellement un sujet de frictions qui n'a pas dû s'arranger avec le temps.

Jusqu'au jour où ledit garde se rebiffa et refusa l'anchois que lui offrait son hôte en lui demandant une côtelette.

- Mai, creses pas ! me countente d'un anchoio, e Moussu ié fau uno cousteleto !

Et pan et pan, le garde dégringole les escaliers, agressé surtout dans son honneur républicain.

Le maire fit appeler Pontier à la commune et le sermonna.

- Mais qu'est-ce que je vais faire ? Tu n'es pas fou de t'attaquer au représentant de la Nation ?

Je ne connais pas la fin de l'histoire, mais je parie que tout s'est mis d'aplomb à peu près comme cela : l'un ayant assez de se voir espionner, l'autre de manger des anchois, la bouteille à fleur de lys, objet du délit, fut consommée avant d'être détruite en mille morceaux !

Denis Oléon

 

 



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