
Raconte de ma Grand
La font doù cors dis Eròs
par Colette Cayol
AH ! N'a vist passar de gent emai de besti, aquelo font !
Dins lis annado 1910, fuguè fotografiado come uno grando dono pèr li promiero carto mandadiço. Es quihado amont doù cors, bèn redono eme si quatre bono de coire. Son glou-glou se fa aussi subre touto la nueie, e sabes ço que dit ?
Dit que se remembro lou bèu tems d'estieu quauro souto le platano li jouven venien querre l'aigo fresco e charravon d'ouro en oublidant lou moment de se'n'ana.
Dit que se remembro li rire, la jouio de niston cercant garrouío au sorti de l'escòlo, que s'esposcavon, s'agantavon e tombavon dins l'aigo jalado. Lo jour dòu 14 de juilet, i anavon cerca emé li dent lou limon flotaire que li fases lingueto. Apres la virado di chivau pèr Sant-Aloi, lis ome jougavon au bocho tout lo tanto, à constat de la font.
Dit que se remembro dou calabrun, quauro anoucia per la blanco joùno de la draio, l'aver de fedo se sarravo de la conco mossudo. La nineio cridavo : aqui li fedo, tornarmai ! Li jovent sorrisien, e la font èro ufanoso d'èstre... la font.
Se venes un jour a Simiano, assetas-vous a l'ombro dou passat e escoutas la font... Es aquí de longo, e vous porgico, en mai de seis istòri, un' aigo fresco que non sai ! Alòr vous semblara d'entendre la cançoun de ma grand :
"Anem a la fònt, Janeto ma mio,
Anem à la fònt, te dirai quicòn !"
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Ah ! elle en a vu passer des gens et aussi des bêtes, cette fontaine !
Dans les années 1910, elle fut photographiée comme une grande dame pour les premières cartes postales. Elle est perchée en haut du Cours, bien rondelette avec ses quatre bornes de pierre. Son glou-glou se fait entendre pendant toute la nuit, et tu sais ce qu'il dit ?
Il dit qu'il se rappelle le beau temps d'été quand, sous les platanes, les jeunes venaient chercher l'eau fraîche et discutaient des heures en oubliant le moment de s'en aller.
Il dit qu'il se rappelle les rires, la joie des " nistons " cherchant garouille (querelle) à la sortie de l'école, qui se poussaient, s'appelaient et tombaient dans l'eau gelée.
Le jour du 14 juillet, ils allaient chercher avec les dents le citron flotteur, qui leur " faisaient lingueto " (envie). Après la cavalcade des chevaux de la Saint-Eloi, les hommes jouaient aux boules tout l'après-midi, à côté de la fontaine.
Il dit qu'il se rappelle le soir, au crépuscule, annoncée par la poussière blanche du chemin, l'arrivée des brebis qui se serraient à la conque moussue. Les enfants criaient : " Voici les brebis qui rentrent ! " La jeunesse souriait, et la fontaine était triomphante d'être la... fontaine.
Si vous venez un jour à Simiane, arrêtez-vous à l'ombre du passé et écoutez la fontaine...
Elle est là de toujours, et elle vous donne, en plus de ses histoires, une eau fraîche, oh combien ! Alors, il vous semblera entendre la chanson de ma grand-mère :
Allons à la fontaine, Jeanneton ma mie,
Allons à la fontaine, je te dirai des choses !
Colette Cayol